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Ressource : Hors-série numéro 1 de la revue Histoire médiévale,
février 2003, Les Cathares, les dernières recherches


Dans le premier numéro hors série de la revue Histoire médiévale paru en février 2003 et consacré aux Cathares, Anne Brenon et Jean-Paul Cazes nous livrent les derniers résultats des recherches sur Montaillou, son château, son village et la communauté qui y vivait au Moyen Âge1.



- situation de Montaillou -
(pour en savoir plus : carte IGN Région Languedoc-Roussillon, série découvertes régionales, 1 : 250 000)


Ces derniers travaux sont exemplaires d'une recherche interdisciplinaire qui allie études des textes et archéologie de terrain. Ils montrent toutes les informations que l'on peut rassembler dès qu'une équipe s'intéresse à un site, et le sens nouveau que prennent alors les rares vestiges visibles.

Ce long article se lit avec intérêt et plaisir, on y découvre une communauté villageoise au début du XIVe siècle tout imprégnée d'un catharisme vécu qui n'est pas, contrairement à une opinion anciennement répandue, dégénéré. On suit les descendants de cette communauté, à la fin du XIVe siècle : ses membres appartiennent alors en propre au Comte de Foix, ils sont dits "Tots de Mossen", en clair des serfs, ce qui est un cas exceptionnel dans le comté de Foix et dans le sud de la France à cette époque et pourrait être lié aux conséquences des rafles inquisitoriales. Au début du XVe siècle la communauté est sommée de réparer le château et d'en constituer la garnison.



- les ruines du château de Montaillou -
(photographie de Philippe Contal®, décembre 1998)


C'est sur ce château et le village qui lui est subordonné qu'ont porté les recherches archéologiques de ces cinq dernières années. La première mention du château date de 1272, mais on connaît antérieurement un Bernat d'Aillou, noble, qui va visiter à Montségur en 1241 l'évêque cathare Bertrand Marty, en compagnie de son frère Arnaut d'Usson et du chevalier Guilhem de Planissoles. Les fouilles ont révélé les traces d'un premier château, une vaste enceinte à pan coupé dont on peut suivre encore ça et là au ras du sol le tracé régulier. La dernière campagne de 2002 a mis au jour une petite porte sur le flanc sud de cette enceinte, face à une maison qui devait en surveiller l'accès. Cette maison est détruite vers le milieu du XIIIe siècle, visiblement de manière "intentionnelle et rapide" pour les fouilleurs, épisode qui pourrait être mis en relation avec la condamnation de Bernard d'Aillou en 1258 par l'Inquisition, certainement pour relapse2. Des dépressions dans le sol signalent la présence d'autres maisons qui restent à fouiller.

Vers les années 1260-1270 l'enceinte du château va être renforcée et c'est peut être à la même occasion que sera construit le donjon à trois étages que l'on voit encore aujourd'hui. Il servira de résidence au châtelain comtal, le rez-de-chaussée étant aussi utilisé comme prison. Les fouilles montrent encore qu'à partir de ce moment-là, l'intérieur de l'enceinte du château n'est plus guère occupée et ne devait accueillir qu'une garnison. Les traces du village du XIVe siècle sont à rechercher sur les pentes de la colline, en soulane, en partie sous les maisons actuelles. Les villageois n'iront plus au château qu'en cas d'insécurité, pour s'y retrancher.

La maison aristocratique fouillée est en partie creusée dans le rocher : l'étage inférieur, le soutoul, abritait le foyer de la maison qui chauffait, éclairait, et où l'on faisait la cuisine ; l'étage supérieur, le solier, construit en bois, était recouvert d'une toiture en bardeaux de bois. Une autre maison fouillée, villageoise celle-là, présente ce même aspect exigu et précaire du XIIIe au XVe siècle. Les objets retrouvés sont rares et souvent communs : une boucle de ceinture, une petite applique à décor héraldique des fragments de poterie montrant le peu de richesse de ses habitants, déjà perceptible dans les interrogatoires du début du XIVe siècle.



- les ruines du château de Montaillou -
(photographie de Philippe Contal®, décembre 1998)


L'article, très riche, aborde encore la question des origines de la seigneurie d'Aillou, à la frontière du Sabartès appartenant au comte de Foix et du Razès des vicomtes de Carcassonne, et de son statut particulier : il n'est jamais cité en fief dans les nombreux documents du Moyen Âge

En revisitant Montaillou à la lumière de ces dernières découvertes, on se prend à espérer que d'autres recherches de ce type, alliant de manière intelligente étude des textes et archéologie, soient menées sur les autres château, castra et villages occitans.


Marie Saurel

Notes :
  1. Une partie de ces recherches a été publiée dans Autour de Montaillou, un village occitan, sous la direction d'Emmanuel Le Roy Ladurie, L'Hydre éditions, 2000. Les recherches archéologiques font l'objet d'une autorisation officielle du Ministère de la Culture.
  2. On sait que les maisons des hérétiques devaient être démolies et servir de dépotoir.
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